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Seydou Camara, un regard photographique à la conquête du monde

À l’occasion de la Journée internationale de la photographie, célébrée chaque 19 août, hommage est rendu à ces artistes qui racontent le monde à travers leurs objectifs. La photographie, au-delà de l’expression artistique, est une mémoire vivante de notre société. Seydou Camara, Directeur artistique de YamarouPhoto, fait partie de ces conteurs visuels qui immortalisent avec talent l’histoire contemporaine du Mali et du monde.

Diplômé en sciences juridiques de l’ancienne ENA de Bamako, Seydou Camara a choisi une trajectoire singulière : sublimer la photographie d’art contemporain et la faire rayonner aux quatre coins du globe. Depuis près de dix ans, il dirige le collectif YamarouPhoto, une plateforme dynamique composée de jeunes photographes qui multiplient les initiatives pour valoriser l’art visuel, dont Bamako est devenue l’une des capitales incontournables.

Certains penseurs universalistes affirment que « l’amour n’a pas de couleur ». C’est cet amour universel qui a conduit Camara à délaisser les arcanes juridiques pour se consacrer à la lumière, à l’émotion et à la transmission par l’image. Il capture avec passion les douleurs, les espoirs, les luttes et les rêves d’un Mali en quête de paix et de réconciliation.

« Les photographes d’art doivent aujourd’hui se mettre au service de la paix et du vivre-ensemble. Nos œuvres doivent nourrir le débat et susciter la réflexion », confie-t-il.

Photographie et engagement communautaire

Ces dernières années, YamarouPhoto a multiplié les projets à portée sociale. Le collectif s’est engagé dans la promotion de la photographie au sein de communautés maliennes durement touchées par la précarité et le manque d’éducation. Dans un pays où la photo reste souvent cantonnée aux mariages, baptêmes et autres cérémonies, YamarouPhoto œuvre pour redonner à cet art ses lettres de noblesse.

Face au désintérêt croissant pour la photographie d’art, alors même que le Mali bénéficie d’une reconnaissance internationale dans ce domaine, le collectif a lancé une véritable croisade. À travers des programmes de formation et de professionnalisation, notamment à Sikasso et Kayes, de jeunes talents sont accompagnés pour faire de la photographie un levier d’expression et d’émancipation.

Parmi les initiatives phares : des enfants des rues de Mopti, des jeunes des quartiers périphériques de Bamako, ainsi que des orphelins de la commune IV, ont été initiés à l’art photographique à travers le projet « Entre fragilité et résilience ». À travers leur objectif, ils apprennent à raconter le monde autrement.

YamarouPhoto se veut un espace de formation, de réflexion et d’échange entre professionnels et grand public. Le collectif organise régulièrement des ateliers d’initiation, des formations aux techniques de prise de vue et des sessions de création artistique contemporaine à destination des élèves, étudiants et passionnés.

Un nom, une philosophie

Le mot “Yamarou” puise ses origines dans l’histoire du prince Mandé Bugari, frère cadet du roi Sunjata Keita. Suivant ce dernier dans son exil à Méma, Bugari était un jeune homme débrouillard et ingénieux, capable de tout apprendre par lui-même. Une chanson célèbre lui est dédiée :

« Oh Yamarou, l’amusement n’empêche pas le sérieux. »

« Oui, telle était sa devise. »

« Oh Yamarou, l’amusement n’empêche pas le sérieux. »

« C’est en hommage à cette philosophie que nous avons choisi ce nom », explique Seydou Camara.

Une trajectoire internationale

L’enfant de Ségou, à qui l’on prédestinait une carrière administrative, a conquis la scène photographique mondiale. Il a participé à de prestigieux événements internationaux, tels que Documenta 14 à Athènes, Documenta 15 à Kassel (Allemagne), ou encore aux Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako (8e et 11e éditions). Il a également été finaliste de la bourse Howard Chapnick en 2022.

Actuellement ses œuvres sont exposées dans trois grands prestigieux endroits culturels du monde, notamment aux Etats-Unis à Wilson, en Allemagne au musée de cinq continents de Munich et à Arles en France en collaboration avec la galerie Z.

En 2018, il figure parmi les 100 photographes exposés au festival de Wilson. Il reçoit le prix de la Fondation Blachère, et expose à Stories en Égypte, ainsi qu’aux Rencontres Internationales d’Art Contemporain d’Alger. Son travail est aussi présenté à Stockholm, en Suède.

Ses œuvres attirent l’attention de grandes ONG (HCR, Handicap International, PNUD, MSF, etc.) et de nombreux médias internationaux (Le Monde, Libération, IS, One World, etc.). Ses images sont publiées dans des magazines et catalogues de renom, tels que L’Insensé et Aperture.


Chronique sur le journalisme de solution en Afrique 

Les nouvelles sont choquantes dans les médias. Des voitures piégés qui ont fait des centaines de morts à Mogadiscio, des jeunes manifestants pacifiques brutalisés à Nairobi, des simples tweets qui tracent la voie vers la prison aux opposants politiques au Sahel, des attaques terroristes qui ont endeuillé certains pays de l’Afrique de l’Ouest, voici en résumé ce qu’illustre nos médias en cette ère numérique. Ce n’est pas que cela, il y’a aussi des propagandes et ces flots de désinformation qui gavent l’espace médiatique ouest africains où je suis un humble citoyen. Un traumatisme médiatique et anti-bio. Dans cette chronique, je voudrais avec mes arguments néophytes, vous faire connaitre le journalisme de solution ou constructif, depuis chez moi au Mali.

Le journalisme constructif ? Une narration médiatique nouvelle pour déconstruire notre façon de regarder et d’analyser les informations. Dans les traitements médiatiques on s’appesantit sur les causes plutôt que de la solution. C’est très facile de répandre la mort de centaines de morts dans un accident routier que de divulguer un reportage profond et sérieux sur le respect des codes de la route. 

Mohaventure entrain d’interviewer un jeune acteur du climat à Segou @mohaventure

Le journalisme constructif ou de solutions

Selon plusieurs experts des médias ce concept le journalisme constructif, aussi appelé journalisme de solutions, est une approche journalistique qui met l’accent sur la présentation de solutions concrètes aux problèmes sociaux, économiques ou environnementaux, tout en conservant l’intégrité et l’esprit critique du journalisme traditionnel. Ils arguments en outre, qu’il ne s’agit pas de minimiser les problèmes, mais par conséquent d’argumenter sur des initiatives et des pistes d’actions existentielles pour y faire face. 

La manifestation des jeunes démocrates du Mali à Bamako en Mai 2025 @Ousmane Makhaveli

Un narratif de solution en marche 

Ce genre de narratif doit être farouchement favoriser en Afrique plus particulièrement et partout dans le monde, car les crises poussent quotidiennement comme des champignons. Face aux forces des armes meurtrières, des actions de dialogue inter-culturels doivent être adoptées et des récits anecdotiques sur le vivre-ensemble et la démocratie doivent être imposés par les médias. Surtout ces actions couronnées de succès dans certaines contrées du monde. Contre les phénomènes naturels, des solutions d’adaptation doivent être promues, ainsi que des initiatives innovantes de changement de comportements. 

Les nouvelles sont choquantes dans les médias. Des voitures piégés qui ont fait des centaines de morts à Mogadiscio, des jeunes manifestants pacifiques brutalisés à Nairobi, des simples tweets qui tracent la voie vers la prison aux opposants politiques au Sahel, des attaques terroristes qui ont endeuillé certains pays de l’Afrique de l’Ouest, voici en résumé ce qu’illustre nos médias en cette ère numérique. Ce n’est pas que cela, il y’a aussi des propagandes et ces flots de désinformation qui gavent l’espace médiatique ouest africains où je suis un humble citoyen. Un traumatisme médiatique et anti-bio. Dans cette chronique, je voudrais avec mes arguments néophytes, vous faire connaitre le journalisme de solution ou constructif.
Le premier président démocratiquement élu du Mali, Alpha Oumar Konaré avec Nelson Mandela à Bamako @Photo d’archives

Je n’ai pas connus le tristement célèbre génocide rwandais, mais à travers les récit lus entre les pages des livres et des médias, Kigali a su jusqu’à présent pu atténuer la haine communautaire. Cet acte positif a pu marcher à travers la très répandue justice populaire « Gacaca » pour situer la cause des génocidaire. Sans défendre le régime autoritaire et anti-démocratique du président Paul Kagame, à mon humble avis, un tel exemple doit être mis en place dans les régions africaines et de moyens orient pour contrer la haine identitaire et religieuse qui grimpent comme le prix de certaines denrées alimentaires. 

À Dieu Mondoblog

Au Sahel, la démocratie doit être un repère médiatique pour barrer la route aux régimes de Kaki des années 70. Pour reprendre mon oncle Daouda, « là où la parole libre est enfermée, rien ne peut marcher ! » 

Les nouvelles sont choquantes dans les médias. Des voitures piégés qui ont fait des centaines de morts à Mogadiscio, des jeunes manifestants pacifiques brutalisés à Nairobi, des simples tweets qui tracent la voie vers la prison aux opposants politiques au Sahel, des attaques terroristes qui ont endeuillé certains pays de l’Afrique de l’Ouest, voici en résumé ce qu’illustre nos médias en cette ère numérique. Ce n’est pas que cela, il y’a aussi des propagandes et ces flots de désinformation qui gavent l’espace médiatique ouest africains où je suis un humble citoyen. Un traumatisme médiatique et anti-bio. Dans cette chronique, je voudrais avec mes arguments néophytes, vous faire connaitre le journalisme de solution ou constructif.
Les jeunes manifestants démocrates du Mali @mohaventure

Le racisme n’a plus sa place nulle part au monde. Les médias sont obligés d’être rigoureusement contre ce courant moyenâgeux qui s’envenime de jour en jour en occident. 

A nous, les blogueurs aux plumes libres et indépendantes, dans quelques jours nous dirons communément « À Dieu » à notre vitrine de la « Liberté » Mondoblog. Restons droit dans nos bottes en ne repentant que des récits indépendants et sérieux qui nous caractérisent depuis des ans. J’espère que nous réinventerons le monde à nos côtés à travers nos plumes et voix de SOLUTIONS ! 


Festival Rudolstadt : les œuvres éclatantes de la photographe malienne Anna N’Diaye mises à l’honneur 

Les photographies de l’artiste malienne Anna N’Diaye, membre du collectif YamarouPhoto, sont à l’affiche du prestigieux Festival Rudolstadt en Allemagne, du 3 au 6 juillet 2025. À travers ses regards singuliers sur le Bazin riche et la jeunesse malienne, elle émerveillera les festivaliers venus du monde entier.

Festival Rudolstadt 

Le Festival de Rudolstadt est un événement musical et chorégraphique de renommée internationale, organisé chaque année dans la ville éponyme en Allemagne. Il propose une programmation éclectique mêlant musiques du monde, folk, jazz, rock et électronique. Le festival attire des artistes, des ensembles et des visiteurs issus de nombreux pays, et offre un riche programme de concerts, ateliers, spectacles de danse et activités culturelles.

Anna N’Diaye au festival Rudolstadt @Jonathan Fischer

Beaucoup le considèrent comme « un carrefour d’échanges interculturels qui célèbre la richesse et la diversité des expressions musicales mondiales ». Cette année, selon les organisateurs, le festival met à l’honneur Cuba, « un pays où musique et danse sont aussi naturelles que l’air et l’eau : elles se chantent, se jouent et se dansent ».

Au milieu de cette effervescence artistique, Anna N’Diaye fait résonner l’âme du Mali. Par ses photographies, elle célèbre son pays. Elle enracine la culture malienne dans une narration visuelle puissante. Ses clichés sur le Bazin riche, ce tissu somptueux qui illumine les rues de Bamako lors des mariages, baptêmes et cérémonies officielles, captent toute la beauté d’un symbole identitaire fort.

Anna N’Diaye à coté de ses oeuvres @Jonathan Fischer

Ce tissu, prisé dans toute l’Afrique de l’Ouest, constitue un pont symbolique entre traditions africaines et influences occidentales. L’ambassade d’Allemagne au Mali rappelle que « depuis les années 80, les manufactures d’Aue exportent ce coton pur, aux textures fines et brillantes, vers l’Afrique de l’Ouest ».

Une femme malienne habillée en Bazin, une oeuvre de Anna N’Diaye @ Anna N’Diaye, Yamarouphoto

Autrefois utilisé comme linge de maison précieux en Europe, le Bazin est devenu un habit de prestige dans de nombreux pays africains. Une métamorphose tissée de coopération et d’innovation. Anna N’Diaye met en lumière l’omniprésence de ce textile dans la société malienne, comme témoin d’une culture en perpétuelle réinvention.

Elle braque également son objectif sur la jeunesse malienne, sa force, sa créativité et son engagement pour un « Mali debout ». En dépit des difficultés, les jeunes continuent de lutter, d’innover et de faire rayonner le pays dans de nombreux secteurs.

Qui est Anna N’Diaye ?

Anna N’Diaye a toujours été passionnée par les arts visuels. Avant de rejoindre le collectif YamarouPhoto, elle a exercé divers métiers, notamment en tant que secrétaire dans une agence de location de voitures. Un poste qu’elle quitte pour se consacrer pleinement à sa vocation : la photographie.

« Je me suis inscrite à YamarouPhoto grâce à une amie proche. Depuis ce jour, je n’ai cessé de me former à la photographie », confie-t-elle.

Portrait photo de Anna N’Diaye @Yamarouphoto

Titulaire d’un Brevet de Technicien en Hydraulique, elle a côtoyé plusieurs photographes de renom, tant sur le plan national qu’international. Elle a participé à divers ateliers (workshops) et expositions organisés par YamarouPhoto, notamment avec des formateurs sud-africains, aboutissant à une exposition « off » de La Rencontre de Bamako, un événement majeur de la photographie en Afrique.

Anna N’Diaye en compagnie d’un visiteur au festival Rudolstadt @Jonathan Fischer

« Anna a travaillé sur de nombreux thèmes comme le henné, le fleuve, la jeunesse… Elle expose actuellement dans trois lieux en Allemagne, dont le musée des Cinq Continents à Munich dans le cadre d’une exposition collective sur le Sotrama de Bamako. Elle est également présente au festival de Rudolstadt avec ses séries sur le Bazin riche et la jeunesse », explique Seydou Camara, directeur artistique de YamarouPhoto.


Charlie Hebdo : un crime contre la liberté et la démocratie, une leçon pour le Sahel

Le 07 janvier 2015, l’organe de presse satirique parisien, dénommé « Charlie Hebdo » a subi une terrible attaque terroriste. Cet attentat revendiqué par l’Etat islamique a coûté la vie à plusieurs personnes et fait des blessés. Le Mali a, ce jour-là, pris position, en condamnant vigoureusement « cet acte ignoble », le feu Président Ibrahim Boubacar Keita, dit IBK, a même estimé que cette attaque est un crime contre « la démocratie » et « la liberté ». 

Quand survenait cet événement tragique, j’étais encore un étudiant en licence 1 des lettres modernes. Mais je me souviens de presque tous les détails. 

Sur le perron du palais de Koulouba, drapé dans son traditionnel Boubou blanc, le visage du président Keita est tristement serré. Il doit exceptionnellement s’adresser aux maliens, ce début janvier 2015, quelques jours après son discours du nouvel an. Chacun se demande, « qu’est-ce qu’il va encore nous dire ? » On ne sait rien, mais ça ne sent pas bon ! 

Un discours symbolique et un geste fort

Il a d’emblée condamné l’attaque terroriste qui a ciblé « Charlie Hebdo », un magazine satirique français. Selon lui, la lutte contre le terrorisme doit être « une cause mondiale ». En ajoutant que « toutes les nations doivent donner la main pour réussir cette lutte ». Le président déchu par un coup d’État en août 2020, avait également apporté la solidarité, la compassion et l’amitié du Mali à la France, qui était engagée auprès de Bamako à travers la force Barkhane pour combattre le terrorisme. 

Joignant l’acte à la parole, le président Keita s’envolera quelques jours après cette allocution, à Paris. En répondant à l’invitation de François Hollande pour rendre hommage aux victimes de cette attaque barbare. Il faisait partie des centaines de dirigeants politiques invités en France à cette occasion pour manifester de façon républicaine contre cette tuerie. Côte à côte au premier rang, IBK tenait la main de son copain socialiste, François Hollande, le président français de l’époque. 

Ibrahim Boubacar Keita, le président malien 2013-2020, entre François Hollande et Nicolas Sarkozy @ Présidence de la République du Mali

Cet acte du président malien de l’époque avait une portée symbolique, en raison de l’engagement des forces françaises au côté des militaires maliens pour combattre communément le fléau du terrorisme. En outre, l’attentat contre « Charlie Hebdo » coïncidait également avec le deuxième anniversaire du déploiement de la force Serval, qui a contribué à libérer, selon Paris, les trois régions du nord du Mali sous la domination jihadiste. 

La condamnation massive des maliens

Par ailleurs, le Mali ne s’est pas arrêté à l’allocution du Chef de l’Etat, le gouvernement avait également, à son tour, à travers un communiqué rendu public, condamné cette attaque lâche contre la liberté d’expression. Dans sa note, le gouvernement malien avait présenté ses condoléances « les plus attristées au peuple français » et à également souhaité prompt rétablissement aux blessés. 

Après cette missive gouvernementale, les communiqués de condamnation des partis politiques, des organisations de la société ainsi que des personnalités publiques ont plu à tout azimut. Les populations maliennes ont à leur tour pris la parole, en condamnant vigoureusement cette attaque contre « un pays ami comme la France » qui a « tout fait pour le Mali ». De Bamako à Mopti, en passant par le Gao jusqu’à Kidal, les discours sont les mêmes, « nous soutenons la France dans sa lutte contre le terrorisme ». Dans les médias, dans la capitale malienne, « écœurement, stupeur et colère » les réactions commençaient de la même manière, « je condamne fermement cet acte barbare des terroristes, parce que je suis malien, et la France est intervenue au Mali donc la France ne fait que son boulot… » 

Cependant, du côté de certains religieux, les réactions étaient mitigées et controversées, si d’autres condamnaient l’acte des terroristes, la quasi majorité n’ont pas soutenu « la caricature du prophète Mahomet faite par le Magazine français ». Selon eux, « tous ceux qui dessinent le bien-aimé prophète des musulmans sont des pécheurs qui n’ont aucune place dans le paradis de Dieu et méritent bien châtiment vigoureux au degré de leurs péchés » 

La liberté de la presse dans un cul-de-sac au Sahel

Si les autorités avaient condamné cette attaque, les médias maliens avaient ce jour-là brandis leur soutien à « Charlie Hebdo » dans toutes les directions. Pourtant, dix ans après ces attentas, la liberté d’expression et de la presse reste encore un idéal dans ce pays où la démocratie n’a pas encore 40 ans. Les putschs se multiplient dans un sahel meurtri par la crise sécuritaire, et aujourd’hui les médias font face à des nouvelles injonctions, la ligne patriotique, imposée par des hommes de kaki qui détiennent le pouvoir depuis 2020. 

Les pays de la bande sahélienne, Mali, Burkina Faso et Niger, régressent d’année en année dans le classement de la liberté de la presse du reporter sans frontières, depuis l’instauration de ces nouveaux pouvoirs. Les journalistes, les leaders d’opinion ainsi que des créateurs de contenus croupissent en prison pour souvent critiquer la marche de ces pays. 

En plus la désinformation a pris le dessus sur la vraie information avec l’émergence des nouveaux médias sociaux. On ne sait plus qui est journaliste et qui ne l’est pas ?

Par ailleurs, la presse satirique ne fait pas bon ménage dans ce pays où la culture de ce domaine de média est peu cultivé. 

Quand la presse sera libre au Sahel ? On rêve toujours de ce jour. 


La puissance de la musique mandingue

Dans ce pays métamorphosé par des crises sécuritaire, politique et économique, les seules choses qui me restent sont mes playlists musicales et mes vieux romans. Ces drogues d’espoirs me permettent de refaire et réinventer le monde qui s’allonge autour de moi. La tristesse est au créneau, l’espérance semble d’un autre monde. 

La saison froide de cette année s’annonce à ses débuts, un peu glaciale. Sur le toit de ma maison, devant ma tasse de café chaud, une cascade de vent frais me fouette énergiquement. Pourtant, je ne sens rien. Je suis complètement immergé au fond des paroles de Rokia Traoré, une voix musicale « légendaire » de mon pays. J’écoute tendrement ses conseils à Mouneïssa, en dissuadant la jeune fille à ne pas se séparer de son mari. La chanteuse incarcérée aujourd’hui « injustement » quelque part en Europe, pour une affaire de garde d’enfant, explique à Mouneïssa les conséquences du divorce.

Furusaabaw tè nyèsumaya, furutikèbaw kòni tè nyèsumaya

Furu saa ka denw n’u faaw fara tensa

Furu saa ka denw n’u baaw fara tensa

Aa mòkòw furusaa manyii

Celui qui rompt le lien sacré du mariage n’aura pas de paix
Arracher les enfants à leur père
Arracher les enfants à leur mère
Le divorce est une chose horrible

Elle supplie même la jeune mariée à retenir ses larmes, car « chacun suit son destin » et on est rien sans notre destin. La voix aiguë et transperçante de la guitariste malienne s’adresse avec émotion à Mouneïssa pour évoquer la souffrance de la séparation d’un couple. Elle chante la solitude de ces mômes après le divorce, leurs vies seront marquées à jamais par cette décision souvent difficile des adultes. 

Le divorce, un sujet toujours d’actualité 

Sur le toit, exposés au vent frais, la voix de l’ex-ambassadrice de bonne volonté du Haut-Commissariat des réfugiés – HCR m’a transporté dans une contemplation profonde. Cette chanson reste encore d’actualité dans notre société où plusieurs jeunes couples se sont dits « à Dieu », à peine quelques années de mariage. La vie de couple est synonyme de souffrance et d’épreuve dans ma société. Certains couples à force de ne plus se mettre d’accord sur certaines choses, se séparent, en laissant derrière eux, un désastre pour les enfants. Mais comment y faire face, c’est la vie des adultes, une vie compliquée et difficile à comprendre. Cette chanson illustre des histoires dans ma propre famille. Si je pouvais, j’allais écouter cette musique avec mes cousines et cousins qui ont pris des décisions inutiles à un moment de leurs vies de couple. Mais qui suis-je pour leur donner conseils ? Ils sont indépendants dans leurs décisions qui n’engagent qu’eux. Les conséquences de cette séparation impacte de façon indélébile la vie des enfants issus de l’union. Bon nombre de ces mômes seront privés de l’éducation parentale.

Néanmoins, il faut que je fasse écouter cet opus à ma jeune sœur Fatoumata, qui est sur le point de sceller éternellement avec la souffrance du mariage. Tante Rose (Rokia Traoré) me fait pleurer avec les cordes de sa guitare accompagnée par sa voix collante, « Mouneïssa ne pleure pas ! La vie est comme ça…! »

Crédit photo: @page Facebook de Rokia Traoré

La musique Mandingue, une inspiration infinie 

Cependant, j’ai maintenant besoin de « gnèdji souman finini », soit « le mouchoir contre la détresse » de la même Rokia Traoré pour retenir mes larmes chaudes. Dans cette triste musique, elle implore tous ses amis, connaissances, les femmes mariées, les riches, les pauvres, les handicapés ainsi que tous les désœuvrés à sécher leurs larmes avec son mouchoir, un éternel « gnèdji souman finini ». Il est temps que je retienne mes larmes, pour ne pas oublier mon « Lahidou » (promesse) tenue à ma bien-aimée. Ce même « Lahidou » que j’ai pris à ma mère, mes frères et sœurs, de veiller sur eux malgré les difficultés. L’artiste me fait renaître, revivre et me fait sentir l’espérance qui se sentait loin de nous.

La musique contre la politique 

On dit que « la musique n’a pas de frontières », tout comme « l’amour ne connaît pas de couleurs ». Le rossignol de Mandé, Salif Keita avec sa puissante voix, m’a montré mon « Kanou » qui veut littéralement dire en mandingue « mon amoureuse ». Quand l’amour triomphe, la souffrance et le mal s’évade en contre-courant.

Le conseiller spécial du président de la transition de mon pays a réveillé l’émotion vive qui sommeillait en moi. Pourtant, l’image du chanteur est aujourd’hui controversée en raison de sa conviction politique, nationaliste, tardivement révélée. Toutefois, je m’en fiche royalement de cette conviction politique frelatée d’un vieux sexagénaire, qui n’a plus grand-chose à proposer à ma génération. Seule sa chanson, nous permet de refaire et réinventer l’avenir pour notre société. Ses propos politiques ont très peu de place pour nous, ils sont synonymes de découragement et du traumatisme. 

Pourtant, ce sont les balles de la trahison politique qui ont fauché « Mamadou Seyba ». 

https://youtu.be/YbQSllODexc?si=e-nzwQN-I7zRFxCr


Seydou Camara, la photographie à la conquête du monde  

Ce diplômé des sciences juridiques à l’ex ENA de Bamako, s’investit aujourd’hui à faire rayonner la photographie d’art contemporain du pays aux quatre coins du monde. Seydou Camara dirige depuis bientôt une décennie un collectif de jeunes photographes, dénommé YamarouPhoto, qui multiplie les initiatives en faveurs du développement de l’art visuel, dont sa capitale est une plaque incontournable. 

Certains penseurs universalistes soutiennent que « l’amour n’a pas de couleurs ». C’est cet amour incolore qui a poussé Seydou Camara vers un appareil photo. Pourtant, cet homme était plus destiné à plus réfléchir sur les lois de la République qu’à porter un regard artistique. Il s’enflamme avec enthousiasme à immortaliser les émotions, les peines, le courage, l’espoir et l’espérance d’un Mali qui ne cesse de se battre pour la paix et la réconciliation. 

« Les photographes d’art doivent aujourd’hui avoir une mission au service de la paix, le vivre-ensemble. Nos œuvres doivent contribuer à prolonger le débat et alimenter les réflexions », estime Seydou Camara. 

Crédit photo: YamarouPhoto

Les initiatives à la rescousse de la communauté 

Ces dernières années, les projets communautaires de l’association YamarouPhoto, qu’il dirige, se multiplient. Ces initiatives photographiques visent essentiellement à vulgariser l’art de la photographie au sein de ces nombreuses communautés maliennes frappées par une précarité et un manque d’éducation ravageur. Au Mali, aujourd’hui la photo ne veut « absolument » rien dire. Les clichés ne sont considérés qu’aux moments des grandes cérémonies de mariage, de baptêmes ainsi que d’autres événements sociaux. Et la montée en puissance de la technologie téléphonique porte à son tour un grand coup à la photographie.

@yamarouphoto: Seydou Camara avec les enfants déplacés de guerre

Face à ce mépris à l’endroit des œuvres photographiques d’art, dont le Mali incarne, à travers la ville de « trois caïmans », cette identité internationale, YamarouPhoto se livre à une croisade sans limite. Pour donner à la photographie son aura d’antan. Cette croisade, concerne notamment la formation et la professionnalisation des photographes locaux dans les grandes villes, à Sikasso, et Kayes, particulièrement. Les jeunes talibés (mendiants et enfants de la rue) de Mopti ainsi que les jeunes des quartiers périphérique de Bamako ont appris l’art des objectifs à travers le projet Entre fragilité et rigidité. Ce n’est pas que cela, les orphelins d’un orphelinat de la commune 4 de Bamako ont également été formés à capturer artistiquement l’émotion des populations. 

@Yamarouphoto: Seydou Camara lors d’une formation à l’endroit des photographes à l’intérieur du pays

Le renforcement de la photographie au Mali

YamarouPhoto est un espace de formation, de réflexion et d’échanges entre professionnels de la photographie d’une part et avec le public d’autre part.   

Cadre de pratique et d’élaboration de nouvelles stratégies pour le développement de la photographie au Mali, Yamarou Photo organise des séances d’initiation, de formation aux techniques de prise de vue et de création artistique contemporaine à l’endroit des jeunes scolaires, étudiants et amoureux de la photographie.    

Pour Seydou Camara, l’origine du mot Yamarou remonte à l’histoire du prince Mandé Bugari. « Il s’agit du frère cadet du légendaire roi du Mandé Sunjata Keita, qui le suivit dans son exil à Méma. C’était un jeune homme d’une grande ingéniosité qui savait entreprendre et réaliser une panoplie de choses de par lui-même, sans recevoir de quiconque un apprentissage préalable. Mandé Bugari est célébré à travers une chanson qui lui est dédié et dont les paroles sont :

Oh yamaru l’amusement n’empêche pas le sérieux Oui, cela est sa devise a lui :

Oh Yamaru l’amusement n’empêche pas le sérieux C’est de Manden Bugari qu’on dit cela……. », nous a t-il expliqué. 

La passion de la photographie et de l’image

L’enfant, dont les parents avaient projeté une destinée administrative, séduit aujourd’hui la scène internationale de la photographie. Durant son jeune parcours, Seydou Camara a exposé à plusieurs rencontres internationales, notamment au Documenta 14 à Athènes en Grèce et Documenta 15 à Kassel (Allemagne). Il a également été nommé finaliste de la bourse Howard Chapnick 2022.

@Yamarouphoto: Seydou Camara en portrait photo avec l’appareil photo

En 2018, il est retenu parmi les 100 photographes du Monde qui ont exposé au festival à Wilson. Il est détenteur du prix de la Fondation Blachère. Il a été sélectionné à Stories en Egypte et aux Rencontres Internationales d’Art Contemporain d’Alger, et a exposé à Stockholm, la capitale suédoise. 

Le patron de YamarouPhoto a participé à la 11ième et la 8ème édition de la Biennale des Rencontres Africaines de la Photographie à Bamako.

Dès lors, il a été sollicité par des ONG, des organisations internationales (HCR, Handicap international, PNUD, MSF, New Vision, World Vision, i 4 for Africa .…), les journaux internationaux (Le Monde, Libération, IS ,One World …) pour des  reportages. 

Par la suite ses images ont été publiées dans beaucoup de catalogues et magazines comme « l’Insensé et Aperture… »

@yamarouphoto: Seydou Camara avec les photographes de Kayes, lors d’une masterclasse

L’enfant de Ségou vient de boucler un pèlerinage culturel à Amsterdam pour parler de son studio éphémère qui met à l’honneur les « Korêdouga ». Il s’agit d’une confrérie secrète du Mali, connu sous le nom de « bouffons sacrés », des clowns ouest-africains. Ce studio démontable est constitué par des tissus multicolores à l’image de l’accoutrement des kôrêduga.

@yamarouphoto: studio photo éphémère installé à Amsterdam

Revenus dans la capitale néerlandaise, le mois dernier, après son séjour de 2023, les yamaristes ont notamment animé des conférences lors de « Africadag », pour parler de la philosophie des « Korêdouga » à travers la photographie. 

Pour l’instant, YamarouPhoto pense à un grand événement pour récompenser les acteurs culturels du Mali en 2025. « Cette initiative s’appelle IBIBI, elle vise à récompenser les meilleurs acteurs culturels dans leurs domaines durant ces trois dernières années. Nous l’organiserons, en fin 2025. C’est un événement qui sera unique au Mali, inshallah », a souligné Seydou Camara, directeur artistique de YamarouPhoto. 

@yamarouphoto: Seydou Camara en coaching aux photographes de Bamako


Quand un prix Goncourt rend hommage à un Renaudot controversé  

Écrire, raconter une histoire sur du papier, un métier très torturant. Ce monde des histoires, savamment appelé « la littérature » peut sembler parfois égoïste. Yambo Ouoleguem, le romancier malien et auteur du livre polémique Le devoir de violence ne dira pas le contraire, même s’il a déjà construit son éternel demeure auprès des ancêtres. Au-delà de l’égoïsme dont ce monde est caractérisé, il me semble urgent de sauver l’écriture proprement dite contre la révolution et l’utilisation dangereuse de l’intelligence artificielle. Écrivains, journalistes, communicants, scénaristes, historiens, dramaturges, réalisateurs, etc… tous ces amants de l’encre et de l’inspiration peinent aujourd’hui à parfaire ce monde orienté vers l’inconnu.

La lecture d’un livre mystérieux 

Ma lecture du moment est le célèbre roman du jeune romancier sénégalais, Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes. Ce roman, prix Goncourt 2021, raconte le monde de la littérature : l’injustice, le racisme, les rancœurs, la solitude de cet univers, souvent considéré comme réservé à la grande bourgeoisie occidentale, sont mis en lumière par l’écrivain Sarr. Ce livre raconte l’aventure du personnage central Diégane Latyr Faye mais aussi d’un écrivain fictif sénégalais complètement raillé de la planète littéraire, TC Elimane, l’auteur d’un roman nommé Le labyrinthe de l’inhumain. Ce livre d’Elimane a suscité une grande polémique dans le milieu littéraire, selon l’histoire du roman. Il fut traité de plagiaire, d’un « Rimbaud nègre », d’un négrillon qui ne mérite pas d’écrire un chef-d’œuvre comme Le labyrinthe de l’inhumain. Il a même été condamné, à travers les plumes des experts de ce domaine, à être mis à côté en Afrique comme « un homme sans culture littéraire » à cause de son livre. L’histoire de ce personnage fictif est inspirée de l’histoire vraie de Yambo Ouoleguem.

Couverture du roman La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr.

Yambo Ouoleguem, le plagiaire 

À travers la lecture de ce livre dédié à mon défunt compatriote Yambo Oueleguem, l’auteur contesté du livre Le devoir de violence, j’ai subi un grand traumatisme. Le devoir de violence est un récit de la dynastie africaine fictive des Saïfs, seigneurs féodaux africains. L’auteur dresse un tableau sombre de la participation africaine au colonialisme à travers des chefs locaux qui vendent leurs sujets aux marchands arabes et occidentaux. Un livre qui démystifie le rapport de l’Afrique avec l’Occident après les indépendances. Ce chef-d’œuvre compromettait tout ce qu’avait dit la littérature africaine durant la colonisation. Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor accuse Ouologuem de « nier ses ancêtres«  pour « plaire aux Blancs ». Alors, durant les accusations de plagiat, l’écrivain malien a été très peu soutenu par ses confrères du continent. 

Le devoir de violence, après avoir été accueilli en grande pompe par les critiques littéraires en 1968, fut accusé de plagiat. Le livre est retiré des ventes en 1972 par son éditeur. Yambo Ouoleguem, l’enfant de Sevaré, une localité située près de La Venise malienne, Mopti, fut accusé de plagier notamment les livres de C’est un champ de bataille de Graham Greene et Le dernier des justes d’André Schwartz-Bart. Pourtant, feu Ouoleguem avait estimé avoir utilisé les guillemets dans ses textes. 

La fin des histoires 

Ma génération ne sait pas grand-chose sur cette géante bibliothèque de la littérature malienne et africaine, car son œuvre n’est lue qu’à l’université. Au Mali, j’ignore si un lieu public porte le nom de Yambo Ouolegum qui errait dans les rues de Sevaré comme un vulgaire fou jusqu’à sa mort le 14 octobre 2017. Seule la rentrée littéraire du Mali a rendu hommage à l’auteur de Les milles et une Bibles du sexe, à travers un prix décerné pour récompenser une œuvre continentale écrite en français. En plus de cela, Mohamed Mbougar Sarr, l’auteur de La plus secrète mémoire des hommes a poussé les amoureux de la littérature à penser à Yambo Ouoleguem, en illustration à TC Elimane, un écrivain fictif, vivant dans la solitude et le silence. 

Cependant, l’écriture semble très peu considérée dans nos sociétés africaines, surtout malienne où l’image a pris le dessus sur les mots couchés. Cette tendance a complètement dominé la nouvelle génération, où quand on dit que je suis blogueur ou journaliste de la presse écrite, cela ne semble rien vouloir dire aux jeunes gens. Ils pensent que c’est un métier archaïque face à la révolution de l’intelligence artificielle, où n’importe peut se déguiser en écrivain, journaliste, dramaturge, scénariste, réalisateur etc… Vive ChatGpt ! 

Par ailleurs, je n’ai rien contre la révolution technologique, mais il est urgent de barrer la route à la robotisation de l’écriture et de l’art qui sont l’essence de la culture universelle. L’intelligence artificielle doit aujourd’hui avoir de limite en fonction de son utilisation qui est aujourd’hui pervertie. Les vraies et véritables histoires doivent rayonner pour panser les plaies de nos sociétés presque anéanties par les guerres, les crises et des décisions démagogiques ! 


Au Mali, ça va, tout va bien  

Dans les rues de Bamako, les mines sont toujours serrées, les regards durs mais tout le monde dit « ça va ». Les rires banania, symbole de la joie des « nègres » s’effacent peu à peu, place maintenant à des rires simples et forcés. Tout se passe à travers, mais on s’efforce tous de dire en chœur « ça va » à la malienne

La capitale malienne baigne nuitamment dans le noir. La journée est chaude. Le ronronnement des groupes électrogènes nous empêche de respirer paisiblement de nuits comme de jour. L’électricité a un prix au Mali, ça s’appelle « la résilience ». Depuis plusieurs années maintenant, ce foutu mot nous oblige à tout encaisser. Pour moi, « la résilience » ne signifie rien d’autre que de souffrir en silence, pleurer de toutes ses forces, sans que personne ne t’entende. L’électricité est au prix de l’or et du pétrole, chez moi. 

Le récit d’une souffrance 

Mon ami, Sidi me dit toujours : « Je ne sais pas si c’est moi qui est maudit ou c’est le pays qui est maudit par Dieu. » Je fais mine de ne rien entendre. Brusquement, il m’arrête : « Djo mais il faut m’écouter quoi ! » Je lui dis que je n’ai pas de réponse à cette philosophie, parce que pour moi, Dieu n’a rien à voir dans ce que nous traversons, c’est juste l’œuvre des humains. 

Il m’invite alors dans un café d’à côté, pour qu’on discute mieux. « Tu sais mon frère, ça ne va pas dans le pays, il faut qu’on se dise la vérité. La vérité est dure à dire, souvent, elle est considérée comme cruelle. Nous devons la dire de façon crue et amère » dit-il en sirotant son café noir, dans ce coin très animé du centre-ville. Je réponds donc à cette sentence d’un citoyen épuisé comme Sidi : « Pourtant à travers les médias sociaux et la presse, tout va bien au Mali. Seulement l’indépendance a un prix et ça s’appelle la Résilience ! La souveraineté totale a aussi un nom, dis-je, elle s’appelle le courage populaire. Soyons juste résilient, nous tournerons bientôt cette page sombre de notre histoire. » Cette réponse n’a pas du tout plu à mon pauvre ami, qui me rétorque vivement : « À bas une indépendance de pacotille ! À bas aussi la souveraineté dans un monde globalisé ! »

Au prix de l’indépendance et de la souveraineté 

Sidi continue : « Tu sais bien que moi, tout ce que disent les médias aujourd’hui sont contraires de ce que nous vivons actuellement dans ce pays qui brille de souffrance ». Ainsi, Sidi en position révolutionnaire, m’a évoqué le marasme économique qu’a engendré la crise d’électricité, et des chefs d’entreprises qui sont en train de mettre les clés devant les portes. J’ai pris tout mon temps pour l’écouter sans lui dire quelques choses de concrets. Souvent le silence est la plus belle des réponses. J’ai pris mon café, et nous avons conversé en silence, chacun remémorait ses chagrins dans un bruyant silence. J’avais le cœur lourd. Tout ce que vient de dire mon ami, est la pure vérité, mais comment lui dire, qu’il a raison, comme tout ce peuple qui souffre en silence au prix de l’indépendance et d’une souveraineté arnaquée. 

Après ce dialogue amical, nous avons donc décidé d’aller écouter de la musique, de la vraie sonorité mandingue. Elle est la seule chose qui nous donne espoir dans ce pays qui reste l’ombre de lui-même. Mais « ça va, tout va bien ! »

La puissance de la musique 

Ainsi, moi et mon ami passons toute la soirée à nous enivrer dans l’univers profond de la musique mandingue. Devant notre théière chauffée sur le feu, à dieu au téléphone, à l’actualité politique du pays et de la situation économique durant cet instant étoilé par les sonorités pures de notre terroir culturel. On réinvente le monde, en écoutant « Mima Soly » du regretté maestro Mangala Camara. 

Une chanson d’espoir, qui pousse à ne pas perdre espoir nonobstant les difficultés, la souffrance. La voix virtuose et métissée de l’artiste parle en bambara-malinké, je vous traduis directement : « Tant que l’homme n’est pas mort, la souffrance n’est pas encore finie. Tant que l’homme n’est pas mort les larmes ne tariront jamais. Tant que l’homme n’est pas mort, l’amusement continue… » 

La chanson Mima Soly de Mangala

Tant que l’homme vit, la vie continue avec ses mystères et ses surprises. La vie est avant tout saugrenue, donc vivons l’instant présent à ne pas perdre l’espoir. Le pouvoir est éphémère. 

Une soirée sans information, sans les voix dérangeante des troubadours du régime sur les réseaux sociaux, nous a permis de revivre l’espoir dans ses cendres.  Maintenant, nous pouvons dire « ça va, tout va bien » comme tous les robots du pays. 


Sahel : 2024, l’année de toutes les inquiétudes

Tous les pays de l’Alliance des Etats du sahel auront 64 ans d’indépendance, cette année. Toutefois, les défis sont énormes dans cette vaste contrée grise enclavée, ballotée dans des transitions politico-militaires qui se transforment à des quinquennats. Notamment, le cas malien qui aura 4 ans bientôt sans aucune perspective de sortie de ce régime censé être court.   

Le récit d’une nuit de toutes les inquiétudes

Les grondements des feux d’artifices se font entendre de partout, les cris innocents des enfants m’ont fait réveiller de ma profonde méditation. Il est 00 heure, c’est ainsi on accueille la nouvelle année 2024 au Mali. Les pétards crépitent, pètent et des lumières jaillies de tous azimuts, le ciel est submergé de fumé. Pourtant, derrière ces larges rires et joies pour la nouvelle année, se cachent des désespoirs, peines et angoisses qui ne disent pas leurs noms.

Nous sommes déjà en 2024, au lieu de faire la fête comme tout le monde, je reste recroquevillé sur moi-même, regardant les autres défoulé des pas de danses sur les sonorités de l’Amapiano. Je recolle les derniers morceaux de l’année écoulée, 2023 a été une année de dure épreuve pour notre pays, même si le contraire est estimé par les rhétoriques propagandistes.

Le discours du nouvel an     

« Je n’ai pas la tête à la fête, ce soir », c’est ainsi, j’ai répondu un ami au téléphone. Mes premières heures de la nouvelle année ont été marquées par des réflexions sur l’allocution télévisée du chef de la transition malienne. Le discours à la nation à quelques heures du nouvel an, est une tradition présidentielle. Dans leurs présentations de vœux pour la nouvelle année, les présidents font un tour d’horizon des grandes réalisations faites courant l’année écoulée, schématisent les perspectives pour l’année qui commence, et leurs rhétoriques sont marquées par des grandes annonces.

Le président de la transition malienne, le Colonel Assimi Goita n’a pas dérogé à cette règle protocolaire, son allocution était attendue au vu de contexte politique et sécuritaire du pays.  Juste une dizaine de jours après la brouille diplomatique entre le Mali et son voisin algérien, parrain de l’accord de paix, le chef de la transition, a opté dans son allocution du nouvel an, pour une appropriation nationale du processus de paix dans le pays. Sans pour autant évoquer les funérailles de l’accord signé à Alger en 2015, il donne plutôt la priorité à un dialogue inter-malien pour « éliminer les racines des conflits communautaire et intercommunautaire ».  Dans cette adresse à la nation pour le nouvel an, il a notamment fait un tour d’horizon des réalisations faites par le gouvernement. Concernant les réformes politiques et institutionnelles, ainsi que les réformes en cours dans les secteurs régaliens : santé, justice, économie et mines. Dans un contexte marquant la fin prochaine du délai de la transition, le président estime que les efforts pour le retour à l’ordre constitutionnel « ne faibliront point » pour cette nouvelle année 2024, sans aucune précision sur la date de l’élection présidentielle.

En outre, il a réitéré son engagement implacable sur la lutte contre le terrorisme, aucune grande annonce sur la vie économique du pays. Sa décision du dialogue a été rejeté coup sur coup par les séparatistes Touaregs deux jour après son discours. Les éléments du Cadre stratégique permanent – CSP-PSD, la faitière des groupes armés signataires de l’accord de paix, qualifient déjà ce dialogue de « cinéma ».

2024, une année de bras de fer

Presque tous ces pays engagés dans des transitions qui n’ont pas encore affirmées leurs fins, sont en état d’adversité avec certaines puissances occidentales et d’autres pays régionaux. Le Mali, est notamment en brouille diplomatique avec l’Algérie, l’un de ses plus grands voisins, parrain de l’accord de paix, le courant passe difficilement entre lui et la Cédéao. A l’intérieure, le combat contre le terrorisme continue avec l’achat des équipements de guerre en grande pompe, le bras de fer avec certains groupes armés restera d’actualité durant cette 2024 de toutes les inquiétudes.

En ce qui concerne la démocratie, elle est dans le cul-de-sac, et 2023 a été caractérisée par un recul démocratique significatif. Des graves atteintes ont été infligées aux libertés et droit d’expression, plusieurs leaders d’opinions ont été emprisonnés pour avoir critiqué la gestion actuelle du pays. Pourtant, la capitale malienne sombre continuellement dans le noir, l’électricité est toujours un luxe au Mali. Et la fin de ce calvaire n’est pas prévue pour cette année.

Quant à l’organisation de l’élection présidentielle, l’impasse est le maitre mot. Le gouvernement a annoncé un « léger report » de ce scrutin initialement prévu pour ce février, en évoquant des raisons techniques et quelque bla-bla politicien. Face à cette situation, certains partis sont sortis du silence pour retorquer « un retour rapide à l’ordre constitutionnel ». Les menaces d’une nouvelle sanction de la Cédéao ne sont pas à écarter face à ce refus d’organisation d’élection, qui ne dit pas son nom.

La naissance de l’AES avec la signature de la charte de Liptako-Gourma, le Mali, le Niger ainsi que le Burkina Faso, scellent une coopération à trois sur plusieurs volets. Ils donnent notamment crédit à ces putschs qui l’ont porté au pouvoir.

La Cédéao est-elle en voie d’affaiblissement face à cette troïka dans la région ouest-africaine ?

Les putschs sont-ils en voie de légitimisassions en Afrique de l’Ouest avec cette naissance de l’AES ?

Voici en quelques mots, les raisons qui ont empêché ma fête du nouvel an, j’ai passé cette soirée dans la méditation et mes inquiétudes sont énormes pour le futur de mon Sahel avec son sable gris. Nous sommes dans des régimes militaires caressé par des mains populistes en velours.    


La guerre

La guerre, elle fait partie des mots les plus médiatisés du 21ème siècle. De l’Europe en Asie, en passant par le Moyen Orient, de la Corne de l’Afrique jusqu’au Sahel, les armes lourdes vibrent au rythme des conflits séparatistes, terroristes, idéologiques et autres. L’idéal de la paix ne s’est jamais fait autant sentir sur les lèvres.

Le récit d’une guerre oubliée

Ma plus grande lecture de cette année serait peut-être, l’inspirant roman de l’autrice nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie, L’Autre moitié du soleil. Une œuvre qui nous plonge profondément dans les troubles d’une guerre oubliée, entre le Nigeria et la République éphémère du Biafra. Les Haoussa du nord, d’un côté et les Ibos de l’autre côté. Cette guerre purement ethnique a fait des milliers de morts dans le Nigeria actuel. La famine, les épidémies de kwashiorkor et autres maladies ont fait plus de ravages que les mortiers des « vandales » un terme désignant les Nigérians. Adichie fait une retranscription de témoignages et, dans une écriture bouleversante, guide le lecteur vers les horreurs engendrées par des décisions politiques et des croyances auxquelles les peuples se sont attachés de façon idyllique.

Une famine meurtrière ravagea le Biafra dont un demi-soleil jaune s’étale sur l’éphémère drapeau du pays, ce qui symbolisa son avenir. Les enfants avec des ventres en forme de ballon, furent atteints de la malnutrition, les femmes dévastées par la faim, des maladies inconnues, n’eurent d’autres options que de survivre. En mangeant des paquets de garris, de morues salées, des rats rôtis ou même des lézards traqués dans leurs trous. Pourtant des milliers de Biafrais n’ont pas survécu sous les raids aériens des hommes de Gowon. La guerre rend tout le monde impuissant !

La lecture de ce livre de 663 pages, m’a fait méditer. J’ai eu l’impression d’être un néophyte de la question de la guerre, même si je vis au Mali, un pays profondément mobilisé dans un tel conflit. Je me souviens à une époque de ma jeune vie, du visage d’un leader palestinien avec un turban d’imam noué sur la tête dans les médias, il s’agissait du Yasser Arafat. Cet homme, je l’aimais comme ça, avec son Prix Nobel de la paix, mais ma peine fut grande quand j’ai appris sa disparition soudaine, qui n’a jusqu’à présent pas été élucidée. C’est aussi comme ça la guerre ! 

Désormais, Yasser Arafat n’apparaît plus sur le lugubre téléviseur de ma grand-mère. 

Le dirigeant palestinien, le prix nobel de la paix en 1994
@DavidUk32 wikicommon

La guerre dans tous les sens

J’ai encore en mémoire ce vieil adage prononcé par nos révolutionnaires: « celui qui veut la paix, prépare d’abord la guerre ». Pourtant, cette vieille citation ne m’éprouve pas grand-chose. Il suffit d’allumer sa radio, télévision ou son smartphone pour que les tranches d’informations nous assomment tout azimuts. Elles nous submergent d’attaques par-ci par-là, et du nombre de civils tués qui n’arrête pas d’évoluer. Nous découvrons avec impuissance la vraie face du monde actuel. La guerre rend tout orphelin et les rêves s’évaporent.

Dans ce monde actuel, il existe une guerre encore plus ravageuse que l’échange de roquettes qui font trembler la terre. C’est la guerre de communication, la machine de la propagande qu’alimente la guerre. Tous les belligérants y vont de leurs propres manœuvres pour gagner l’opinion populaire. Leurs méthodes consistent généralement à distiller du faux partout. C’est pourquoi il est difficile pour un professionnel de l’information d’être indépendant en cette époque de la guerre moderne. Les armes ne sont pas les seules à détruire. Un simple clic sur « publier » produit l’irréparable. 

De Kiev à la bande de Gaza, en passant par le Sahel, de Mogadiscio à Khartoum jusqu’aux portes éthiopiennes, les armes lourdes ainsi que les missiles de la désinformation font la loi.

Des morts, comme si les âmes humaines étaient gratuites

Dans une guerre, les morts peuvent se compter par dizaines, centaines voire milliers. Des armes de plus en plus sophistiquées et destructrices, fabriquées par des pays idéalisant la paix mondiale, explosent les chairs humaines et ravagent la nature sur sa route sinistre.

Photo by Somchai Kongkamsri via Pexels / Quatre soldats portant des armes, un hélicoptère derrière eux

La guerre ne cause pas que des morts sur son chemin. Elle engendre des conditions de vie difficile extrêmement difficile. Plus de trois millions de personnes ont fui la région sahélienne dévastée par les conflits armés, selon le Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés. Ces personnes abandonnent toute une culture et leur civilisation meurt dans l’agonie de la solitude. La recrudescence de la violence au Sahel (Burkina Faso, Niger et Mali) a entraîné la fermeture de près de 7 800 écoles primaires, selon Save the Children, le nombre de fermetures ayant augmenté de 20% au cours de l’année écoulée.

D’après cette organisation non gouvernementale, à la fin du mois de juin 2023, près de 1,4 million d’enfants n’avaient pas le droit universel en tant qu’humain d’accéder à l’éducation et aux compétences que cela requiert. Ces mômes auront du mal à contribuer pleinement à l’évolution de leurs communautés en tant qu’adultes.

La guerre n’apporte que le désastre. Elle piétine les rêves. Elle dévaste les cultures et les civilisations. Elle crée le désamour, la rancœur et renforce l’esprit de vengeance. 

Les Biafrais avaient cette phrase du poète Okeoma (un personnage du roman, L’autre moitié du soleil) gravé dans la tête : « Si le soleil refuse de se lever, nous le ferons se lever ». Pourtant, leurs peines furent grandes quand le soleil a refusé de se lever sur l’éphémère pays

Maintenant laissez-moi vos avis en commentaire. Selon vous, un monde sans guerre est-il possible aujourd’hui ?