Seydou Camara, la photographie à la conquête du monde  

Article : Seydou Camara, la photographie à la conquête du monde  
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3 décembre 2024

Seydou Camara, la photographie à la conquête du monde  

Ce diplômé des sciences juridiques à l’ex ENA de Bamako, s’investit aujourd’hui à faire rayonner la photographie d’art contemporain du pays aux quatre coins du monde. Seydou Camara dirige depuis bientôt une décennie un collectif de jeunes photographes, dénommé YamarouPhoto, qui multiplie les initiatives en faveurs du développement de l’art visuel, dont sa capitale est une plaque incontournable. 

Certains penseurs universalistes soutiennent que « l’amour n’a pas de couleurs ». C’est cet amour incolore qui a poussé Seydou Camara vers un appareil photo. Pourtant, cet homme était plus destiné à plus réfléchir sur les lois de la République qu’à porter un regard artistique. Il s’enflamme avec enthousiasme à immortaliser les émotions, les peines, le courage, l’espoir et l’espérance d’un Mali qui ne cesse de se battre pour la paix et la réconciliation. 

« Les photographes d’art doivent aujourd’hui avoir une mission au service de la paix, le vivre-ensemble. Nos œuvres doivent contribuer à prolonger le débat et alimenter les réflexions », estime Seydou Camara. 

Crédit photo: YamarouPhoto

Les initiatives à la rescousse de la communauté 

Ces dernières années, les projets communautaires de l’association YamarouPhoto, qu’il dirige, se multiplient. Ces initiatives photographiques visent essentiellement à vulgariser l’art de la photographie au sein de ces nombreuses communautés maliennes frappées par une précarité et un manque d’éducation ravageur. Au Mali, aujourd’hui la photo ne veut « absolument » rien dire. Les clichés ne sont considérés qu’aux moments des grandes cérémonies de mariage, de baptêmes ainsi que d’autres événements sociaux. Et la montée en puissance de la technologie téléphonique porte à son tour un grand coup à la photographie.

@yamarouphoto: Seydou Camara avec les enfants déplacés de guerre

Face à ce mépris à l’endroit des œuvres photographiques d’art, dont le Mali incarne, à travers la ville de « trois caïmans », cette identité internationale, YamarouPhoto se livre à une croisade sans limite. Pour donner à la photographie son aura d’antan. Cette croisade, concerne notamment la formation et la professionnalisation des photographes locaux dans les grandes villes, à Sikasso, et Kayes, particulièrement. Les jeunes talibés (mendiants et enfants de la rue) de Mopti ainsi que les jeunes des quartiers périphérique de Bamako ont appris l’art des objectifs à travers le projet Entre fragilité et rigidité. Ce n’est pas que cela, les orphelins d’un orphelinat de la commune 4 de Bamako ont également été formés à capturer artistiquement l’émotion des populations. 

@Yamarouphoto: Seydou Camara lors d’une formation à l’endroit des photographes à l’intérieur du pays

Le renforcement de la photographie au Mali

YamarouPhoto est un espace de formation, de réflexion et d’échanges entre professionnels de la photographie d’une part et avec le public d’autre part.   

Cadre de pratique et d’élaboration de nouvelles stratégies pour le développement de la photographie au Mali, Yamarou Photo organise des séances d’initiation, de formation aux techniques de prise de vue et de création artistique contemporaine à l’endroit des jeunes scolaires, étudiants et amoureux de la photographie.    

Pour Seydou Camara, l’origine du mot Yamarou remonte à l’histoire du prince Mandé Bugari. « Il s’agit du frère cadet du légendaire roi du Mandé Sunjata Keita, qui le suivit dans son exil à Méma. C’était un jeune homme d’une grande ingéniosité qui savait entreprendre et réaliser une panoplie de choses de par lui-même, sans recevoir de quiconque un apprentissage préalable. Mandé Bugari est célébré à travers une chanson qui lui est dédié et dont les paroles sont :

Oh yamaru l’amusement n’empêche pas le sérieux Oui, cela est sa devise a lui :

Oh Yamaru l’amusement n’empêche pas le sérieux C’est de Manden Bugari qu’on dit cela……. », nous a t-il expliqué. 

La passion de la photographie et de l’image

L’enfant, dont les parents avaient projeté une destinée administrative, séduit aujourd’hui la scène internationale de la photographie. Durant son jeune parcours, Seydou Camara a exposé à plusieurs rencontres internationales, notamment au Documenta 14 à Athènes en Grèce et Documenta 15 à Kassel (Allemagne). Il a également été nommé finaliste de la bourse Howard Chapnick 2022.

@Yamarouphoto: Seydou Camara en portrait photo avec l’appareil photo

En 2018, il est retenu parmi les 100 photographes du Monde qui ont exposé au festival à Wilson. Il est détenteur du prix de la Fondation Blachère. Il a été sélectionné à Stories en Egypte et aux Rencontres Internationales d’Art Contemporain d’Alger, et a exposé à Stockholm, la capitale suédoise. 

Le patron de YamarouPhoto a participé à la 11ième et la 8ème édition de la Biennale des Rencontres Africaines de la Photographie à Bamako.

Dès lors, il a été sollicité par des ONG, des organisations internationales (HCR, Handicap international, PNUD, MSF, New Vision, World Vision, i 4 for Africa .…), les journaux internationaux (Le Monde, Libération, IS ,One World …) pour des  reportages. 

Par la suite ses images ont été publiées dans beaucoup de catalogues et magazines comme « l’Insensé et Aperture… »

@yamarouphoto: Seydou Camara avec les photographes de Kayes, lors d’une masterclasse

L’enfant de Ségou vient de boucler un pèlerinage culturel à Amsterdam pour parler de son studio éphémère qui met à l’honneur les « Korêdouga ». Il s’agit d’une confrérie secrète du Mali, connu sous le nom de « bouffons sacrés », des clowns ouest-africains. Ce studio démontable est constitué par des tissus multicolores à l’image de l’accoutrement des kôrêduga.

@yamarouphoto: studio photo éphémère installé à Amsterdam

Revenus dans la capitale néerlandaise, le mois dernier, après son séjour de 2023, les yamaristes ont notamment animé des conférences lors de « Africadag », pour parler de la philosophie des « Korêdouga » à travers la photographie. 

Pour l’instant, YamarouPhoto pense à un grand événement pour récompenser les acteurs culturels du Mali en 2025. « Cette initiative s’appelle IBIBI, elle vise à récompenser les meilleurs acteurs culturels dans leurs domaines durant ces trois dernières années. Nous l’organiserons, en fin 2025. C’est un événement qui sera unique au Mali, inshallah », a souligné Seydou Camara, directeur artistique de YamarouPhoto. 

@yamarouphoto: Seydou Camara en coaching aux photographes de Bamako
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